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Enfer des femmes

RDC : Des veuves victimes des VBG après les décès des maris ; une forme de torture masquée au nom de la coutume

En République Démocratique du Congo, plus précisément à Kinshasa, des veuves font souvent l’objet de maltraitance et de harcèlement de la part de leurs belles-familles pendant et après le décès de l’époux. Une situation qui est très fréquente dans la capitale. Elles subissent la violence de plein fouet, au nom de la coutume, voir un traitement inhumain et n’osent pas en parler car elles ignorent leurs droits, selon maître Alexandra Muleka, présidente de l’ONG « Elle pour Elle ». Dépourvues des moyens de défense, une fois que leurs maris décèdent, ces veuves sont torturées par les parents, frères et sœurs de leur défunt mari.

Dans la commune de Mont Ngafula, au quartier Matadi Kibala, plusieurs cas des violences ont été enregistrés au bureau du quartier, seulement 1 femme sur 10 a le courage de dénoncer la torture pendant les obsèques de l’époux. Parfois ce ne sont pas les personnes concernées qui dénoncent mais plutôt leurs enfants et proches qui maîtrisent la loi en la matière. Pour certaines, ce traitement est tout à fait normal, c’est la coutume. Pour le cas d’Angélique, c’est l’un de ses fils qui n’a pas supporté voir sa mère souffrir ainsi pendant les obsèques de leur père.

Angélique, 68 ans révolus, mère de 8 enfants et plusieurs petits enfants a subit une forme de torture pendant le décès de son époux, en plus des injures et critiques des premiers enfants de son mari, qui ont même levé la main sur elle pour la déguerpir de la maison après les obsèques. Elle a connu un interrogatoire pour expliquer comment est décédé son mari comme si c’est elle qui avait tué son défunt mari.

« Ma belle-famille m’a fait subir un traitement que je n’imaginais pas. C’est toujours comme ça dans notre coutume des Nés kongo, ma mère m’avait déjà prévenu mais je devais le vivre pour comprendre qu’ils exagèrent. Un interrogatoire qui a duré pendant des heures alors qu’ils savaient tous que leur frère était malade depuis plusieurs années. Les frères de mon défunt mari ont fait venir des « NKwidi », ce sont des femmes veuves qui se sont occupées de moi. Je n’avais pas le droit de me laver, ni de m’habiller convenablement. Ces femmes m’ont fait porter une sorte d’étoffe qu’on appelle « LINGWANDA », autour de la poitrine. Je ne devais pleurer que si elles me le demandent voir même pour manger c’est elles qui décidaient. Durant trois semaines, je me couchais sur le sol et cela sans me plaindre jusqu’à la sortie du corps de la morgue. Je n’avais pas accès dans notre chambre conjugale. Et le jour de l’enterrement, elles m’ont interdit d’aller à la morgue. Le jour de l’enterrement, elles m’ont demandé de lui tourner le dos je n’étais pas autorisé à voir ou regarder le cercueil qui contenait le corps de mon mari. Après l’enterrement, ces « Nkwidi », m’ont fait prendre un bain et m’ont rasé la tête. Ensuite je devais aller faire le marché en compagnie de quelques veuves expérimentées pour enfin récupérer ma vie quotidienne. Pendant ce temps, je me tordais des douleurs atroces, mais je ne devais pas en parler, ni me plaindre car j’allais attirer le malheur dans ma famille », nous confie Angélique.

Ces genres des traitements sont entretenus par des femmes, qui ont aussi vécues la même chose. Une sorte de vengeance et de règlement de comptes. Elles ignorent complètement les droits des femmes.

Pour le cas d’Angélique, ces enfants n’ont pas supportés le traitement qui a été infligé à leur maman. Ils ont voulu s’y opposer mais en vain. Sommes toute, cette veuve n’a même pas vu le corps de son mari car il est interdit selon la coutume.

Helene, 81 ans, nous confie qu’elle par contre en plus de l’interrogatoire, dormir par terre car la personne avec laquelle elle partageait le lit n’est plus, les autres veuves de la famille ont concoctées un produit à base des feuilles de tomate en forme de suppositoire qu’elle devait utiliser dans son organe genitanal signe qu’il n’y aura plus de rapport avec son mari.

« Pouvez-vous imaginer l’âge de ma mère, malade depuis 25 ans, papa et elle n’entretenaient plus aucune relation à cause de leur âge avancé et de la maladie de maman. Mais à la mort de papa, des femmes plus jeunes qu’elles lui ont fait subir un traitement peu commun, pourtant elle est diabétique et hypertendue. Utiliser les feuilles de tomate comme suppositoire était très douloureux pour maman, mais elle a accepté parce que c’est la coutume. Mes frères et moi, nous nous étions opposés à certaines pratiques car ça n’honorait pas notre veuve de mère. C’est quelle coutume qui n’épargne pas les femmes de troisième âge, c’était insupportable », s’est indignée Madeleine, une sœur religieuse.
En République Démocratique du Congo, les Us et coutumes sont presque les mêmes. Les personnes qui les appliquent estiment que leurs ancêtres ont vécu ainsi et ne peuvent pas changer du jour au lendemain. Des pratiques ancestrales qui mettent en mal la veuve éplorée. Généralement, les femmes qui n’ont pas été à l’école ont tendance à tout gober, par contre celles qui connaissent leurs droits ne se laissent pas faire, malheureusement leur opinion ne compte pas face à celle des anciens de la famille. Marie-josée , Angélique, Helene et tant d’autres femmes ont subi un traitement similaire mais un peu différent au niveau d’appréhension.

Marie- Josée, 50 ans, mère de trois enfants, veuve depuis 4 mois, licenciée en communication, a tout fait pour ne pas revivre ce qu’avait vécue sa mère lors du décès de son père, malheureusement, elle n’en a pas échappé, surtout qu’elle avait déjà quelques petits souci avec sa belle-famille.

« J’ai connu tellement de choses horribles dans ma vie, mais le plus dur était le traitement que ma belle-famille m’a infligé pendant les obsèques. Selon elle, je méritais ce mauvais traitement car c’est moi qui bouffait l’argent de leur frère. À cause de notre écart d’âge, 28 ans, sa famille a toujours cru que j’étais dans ce mariage à cause de son argent, voilà pourquoi ils m’ont fait voir de toutes les couleurs, j’imagine. J’ai dû supporter leurs accusations durant 30 ans.
Pendant que je pleurais le père de mes enfants, couchée à même le sol car la coutume m’y obligeait, je n’avais pas le droit de prendre un bain. En plus personne ne pouvait m’adresser la parole excepté une veuve, je ne pouvais pas manger à mon goût, tout m’a été imposé et je n’avais rien à dire. Mais j’en ai eu tellement marre que je me suis levée de la natte sur laquelle je me couchais. Mes collègues de service étaient tout le temps-là, je ne pouvais pas rester sans me laver pendant des jours quand même. J’en ai parlé aux membres de ma famille, eux aussi étaient impuissant face à cette situation. Je dénonce ce traitement infligé aux veuves, je n’aimerais pas voir ma fille subir cela », nous confie Marie- Josée en sanglots, en nous rappelant que sa propre mère a vécu la même situation lors du décès de son père.
Marie- Josée tient à rédiger un livre pour dénoncer ce genre de traitement et rappeler aux femmes qu’elles ont le droit de refuser cette torture au nom de la coutume.
Interrogée à ce sujet pour savoir ce que fait le gouvernement par rapport à ce que subissent les veuves, la Directrice de l’Agence de lutte contre les violences faites à la femme AVIFEM, Florence Boloko, rassure que sa structure a justement été mis en place pour aider et accompagner les victimes des violences basées sur le genre.
« Nous avons des bureaux dans quelques hôpitaux de la capitale où on enregistre les cas des VSBG. Par contre, celles qui subissent la maltraitance pendant le deuil ne dénoncent pas. Pour elles c’est la coutume. Elles ont été éduquées de manière à tout accepter sans se plaindre. Si jamais elles viennent dénoncer, nous avons tous les services pour les accompagner notamment, les avocats et les psychologues. Il y a également un numéro vert pour permettre aux femmes de dénoncer», explique Florence Boloko.
S’agissant des droits de la femme, pour Maître Alexandre Muleka, présidente de l’ONG « Elle pour Elle »,
la loi numéro 15/013 du 1er août 2015 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité, dans son article 19 stipule qu’en cas de décès, il est interdit, sous peine de poursuites judiciaires d’infliger au conjoint survivant des traitements inhumains, humiliants et dégradants. Cependant, selon l’avocate, « Les femmes doivent être sensibilisées pour éviter à l’avenir de telles situations. La loi est claire, et si ces femmes subissent des traitements inhumains c’est parce qu’elles sont ignorantes. En cas de violences pareilles, si elles sont sensibilisées, elles sauront auprès de qui aller réclamer leurs droits », conclut-elle.
Elle ajoute que « La loi doit être respectée scrupuleusement, les femmes ou veuves victimes de ce genre de comportement vis-à-vis de leur belle famille doivent le dénoncer. Le problème dans notre pays c’est que très peu des femmes ont le courage de le faire puisqu’elles ont peur de la coutume, de la sorcellerie etc. préfère se taire, tout accepter pour protéger leurs enfants, ceci est aussi la réalité des certaines femmes ».
« Par rapport à cette problématique, je dirais que la RDC à consacrée dans sa constitution en ses articles 12 et 14 les principes d’égalité de droits, de chance et de sexe….La République Démocratique du Congo a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux, régionaux et sous-régionaux relatifs aux droits humains, notamment : la Déclaration universelle des droits de l’homme ; le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes ; la Convention des Nations-Unies sur les Droits de l’Enfant et la Convention sur l’élimination de toutes les discriminations à l’endroit de la femme, pour ne citer que ceux-là. Ces instruments juridiques internationaux, régionaux et sous-régionaux prônent tous pour l’égalité de droits entre l’homme et la femme.
Quant à l’article 19 de la loi 15/013 du 1er Août 2015 portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité qui stipule que: « En cas de décès, il est interdit, sous peine de poursuites judiciaires, d’infliger au conjoint survivant des traitements inhumains, humiliants et dégradants », La loi doit être respecté scrupuleusement, les femmes ou veuves victimes de ce genre de comportement vis à vis de leur belle famille doivent le dénoncer.


Le problème dans notre pays c’est que très peu de femmes ont le courage de le faire puisqu’elles ont peur de la coutume, de la sorcellerie etc. elles préfèrent se taire, tout accepté pour protéger leurs enfants, ceci est aussi la réalité de certaines femmes. Pour chuter, je dirais que ça soit nos coutumes, tout comme nos lois, ils doivent se baser ou avoir comme fondement le respect de la condition humaine avant tout, les coutumes qui ne cadrent pas avec les droits humains sont à prohibées. Les veufs ne subissent jamais ces genres d’abus mais pourquoi l’inflige- t- on toujours à la veuve?», a-t-elle dit.
Accusée de ne pas être équitable, une autorité coutumière, Godefroi Kamanda, réagit et défend la coutume. Selon lui, la coutume n’impose rien de mal à la femme. Tous ce que la coutume exige c’est pour le bien de la femme bien qu’actuellement il y a des dérapages au nom de la coutume.
« Le fait de demander à la femme éplorée de quitter son lit pour mieux faire son deuil n’est pas une violence faite à la femme. Chez nous il n’y avait pas des lits. On arrangeait un coin ou on passait la nuit. La femme était déjà habituée à dormir par terre. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on doit tout changer. Faire un petit sacrifice par amour à son défunt mari n’est pas une violence faite à la femme. Les femmes ont des droits bien sûr mais pourquoi la loi ne supprime pas carrément les Us et coutumes ? Un peuple sans culture est sans identité. Les vices sont toujours rejetés. Dans ma coutume MBUUN, on ne fait pas dormir une femme par terre après la mort de son mari. S’il y en a qui le font, c’est un abus », déclare ce chef coutumier.
Maître Liévin, lui propose une piste de solution que sa structure met à la disposition des survivantes. « Au niveau de la Lizadeel nous avons à travers la ville de Kinshasa, des Centres d’assistance Judiciaire et médicale(CAJM) dans toutes les maisons communales, nous avons un psychologue et une assistante sociale. Nous devons mettre fin aux violences faites aux femmes. La femme a longtemps été humiliée et minimisée, la RDC a été déclaré la capitale des violences, cela doit changer », nous confie-t-il, tout en invitant les femmes victimes et les survivantes des violences basées sur le genre à s’approcher de la Lizadeel pour trouver des solutions à leurs problèmes.
Face à toute cette situation de torture et traitement inhumain à l’égard de la femme pendant le deuil, concernant les droits des femmes qui sont foulés au pieds, Maitre Alexandra Muleka estime qu’il est temps que cette question soit débattu au parlement pour que les coutumes soient conforme aux droits des femmes.

Elda Along, JDH.

L'auteur

Journaliste depuis 2006, passionnée des sujets liées aux femmes et au genre. J'apprécie également les sujets économiques et les activités sportives féminines.

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