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Mouhamadou Mounirou SY : « la femme sénégalaise a sa place dans le cercle de décision »

Conseiller spécial du président de la République auprès du Secrétariat général du Gouvernement, Maître de conférences en Droit à l’université de Thiès, Monsieur Mouhamadou Mounirou Sy a, au cours d’une interview accordée à Femme d’Afrique Magazine, démontré la place de la femme sénégalaise dans les différentes institutions de son pays.

Femme d’Afrique Magazine : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mouhamadou Mounirou Sy : Je m’appelle Mouhamadou Mounirou SY. Je suis sénégalais d’origine et juriste de formation. Après ma formation initiale à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, j’ai passé mon Doctorat de Droit public à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse où j’ai commencé par enseigner en 2000 avant d’être recruté à l’Université de Thiès en 2009 où je suis Maitre de conférences associé.

Au niveau de l’Etat, j’ai été consécutivement Directeur général du Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur, Conseiller technique du Premier Ministre du Sénégal, M. Dionne et actuellement Conseiller spécial du Président de la République auprès du Secrétariat général du Gouvernement.

Quel est aujourd’hui l’état de lieux de la situation de la femme au Sénégal ?

Tout dépend de quel domaine on parle. Politique, social, économique ou culturel ? Mais dans l’ensemble, l’exception sénégalaise semble devenir une réalité sous divers cieux. Lorsque je suis en France et qu’on pose le débat de la place de la femme sans l’espace public, je ressens à la fois de l’amusement et de l’effarement. En Afrique en général, et au Sénégal en particulier, cette question est certes posée mais sans réelle passion. Politiquement, dès les premières législatures au Parlement, le Sénégal s’est doté d’élues remarquables et remarquées de la trempe de Caroline FAYE, première femme parlementaire qui sera par la suite Ministre de la République, de Marie Hélène GUILLABERT de Louga, de Mantoulaye DIENE de Thiès et de Adjia Arame DIENE, première députée analphabète en français et qui introduisit l’usage des langues nationales à l’hémicycle.

Au sein du Gouvernement, non seulement le Sénégal a connu des femmes ministres dotées de compétences et de capacités avérées comme Maïmouna KANE, Ndioro NDIAYE, Aminata TALL qui a été récemment la Présidente du Conseil Economique, Social et Environnemental remplacée par Mme Aminata Touré qui a été Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Premier Ministre, puis par Aminata MBENGUE, plusieurs fois ministre et maire, entre autres.

Au niveau socio-économique, l’accès aux ressources est égalitaire malgré un réel retard dans la scolarisation des filles en milieu rural que les programmes et politiques publiques tentent de résorber depuis une bonne décennie.

Est-ce que la parité est–elle respectée au Sénégal?

A matière électorale, elle est strictement contrôlée par le juge d’autant plus qu’une loi a déjà légiféré là-dessus. Toutefois, ce n’est qu’en amont, c’est-à-dire, au niveau des listes pour les candidatures aux élections locales et législatives. Mais curieusement, pendant l’élection des bureaux des collectivités locales ou de l’Assemblée nationale, cette exigence  est totalement bafouée et aucun ne le relève.

Ce qu’il faut juste retenir est que la femme a sa place dans les cercles de décision surtout au niveau politique. Il est établi que les partis politiques en Afrique sont essentiellement dominés par des partis de masse qui sont animés majoritairement par des femmes militantes. Cette réalité doit d’abord se faire ressentir au niveau des bureaux exécutifs. C’est pourquoi, on apprécie beaucoup l’élection de Mme Aminita Mbengue, à la tête du Parti Socialiste de Léopold Sédar Senghor.

En tant que Conseiller spécial du président de la République auprès du Secrétariat général du Gouvernement, quel est réellement votre mission ?

Je suis juriste de formation. Avec ma nomination comme Conseiller de Monsieur Mahammed Boune Abdallah Dionne, alors Premier Ministre, je participais à toutes les réflexions liées aux aspects juridiques de tout ce qui touche l’Etat. Avec le référendum de 2016, beaucoup de réformes au niveau administratif,  institutionnel et politico-sociales étaient en instance. Donc, je mettais mon expertise et mon savoir-faire à disposition sous la direction du Premier Ministre.

Avec sa suppression, Son Excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République nouvellement réélu, avec son approche de Fast-Track, a jugé nécessaire de comprimer les conseillers et en a retenu que quelques-uns. A cet effet, je le remercie pour la confiance renouvelée puisque c’est un grand honneur pour moi d’être choisi parmi eux et une énorme chance de continuer à travailler pour la République et pour mon pays.

Vous aviez pris part au troisième Congrès de la Jifa. Quel est le message-clé que vous aviez apporté à la femme congolaise en particulier ?

Cette édition de Kinshasa a été une grande opportunité de poser les vraies questions relatives aux droits de la femme africaine. Les congolaises ont répondu favorablement à l’appel et ont montré du doigt les secteurs qui marquent le pas. Les politiques doivent donner l’exemple et la présence de la Ministre Bissau-guinéenne de l’Administration publique et de la modernisation de l’Etat était capitale d’autant plus que son pays a respecté la parité intégrale dans la composition de son gouvernement avec huit femmes et hommes comme ministres.

En ma qualité de Président du comité scientifique, j’ai piloté depuis Dakar et pendant six mois et bénévolement tous les travaux préparatifs (note conceptuelle, lettres d’invitation et programme) et j’ai été aidé sur place par des personnes efficaces et sérieuses. Comme toute organisation, il y a eu des impairs notés ça-et-là qu’il faudra éviter la prochaine session.

Votre mot de la fin

Il y avait un plaidoyer qui était le point focal de la session de la JIFA en RDC : la mise sur pied de l’Union Africaine Femmes (UA-femmes) à l’instar de l’ONU-FEMMES. Ce combat doit être porté par les Premières Dames en connivence avec les ministres en charge des questions de la femme. La JIFA a été choisie pour être porteuse de ce plaidoyer à travers ses sessions jusqu’à la reconnaissance.

Plus que jamais, il devient impératif d’adapter les textes juridiques relatifs aux droits de la femme pour plus d’égalité et de liberté afin de lutter contre la marginalisation, la violence et le rejet. Merci pour cette opportunité et bonne continuation.

L'auteur

Christelle Mpongo, Éditrice Général, fondatrice du magazine Femme d'Afrique.

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