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Kasaï Central: Les mariages précoces se portent bien dans les milieux ruraux, en dépit de la loi condamnant ce phénomène.

Les mariages forcés entre les filles mineures et les personnes avancées en âge constituent un fléau aussi vieux que le monde dans la province du Kasaï Central, plus particulièrement dans les zones rurales où les communautés locales sont foncièrement marquées par les us et coutumes.
Une enquête menée par le correspondant de « Femme d’Afrique Magazine » révèle que parmi dix couples contactés deux sont formés par des filles de moins de dix-huit ans avec des personnes dont l’âge est comparable à celui de leurs pères ou grands-pères, soit 20 % de foyers visités.
Dans le groupement urbano-rural de Bena Mbiyede, localité de Tsilumba de la commune de Katoka, au sud-ouest de la ville de Kananga,les lois se rapportant aux mariages précoces sont volontairement ignorées ou bafouées. Les communautés locales sont très enracinées dans la tradition. Tout se conclut à l’amiable pour un mariage entre une mineure et un vieux papa.
« Ici, nombreuses filles sont forcées de se marier avec des hommes très âgés », a confié Anny Mulanga, âgée de 13 ans dont l’époux a 60 ans.
Après avoir expliqué les circonstances ahurissantes qui ont concouru à cette union indésirable, notamment le viole dont elle a été victime, Anny a déclaré avoir accepté ce vieil homme sous pression de ses parents qui avaient négocié en amiable avec l’intéressé, en 2021. Fondue en larmes pour avoir raté sa scolarisation, elle a exprimé le vœu de rejoindre l’école et voir les autorités mettre réellement un terme à ce phénomène qui bloque l’épanouissement des filles dans le Kasaï.
Par contre, le fameux époux d’Anny, André Muyanyi, trouve normal ce mariage , déclarant aimer la fille. Il se dit prêt à se battre pour la rendre heureuse dans tous les domaines, soulignant qu’il n’est pas le premier à le faire.


Pour sa part, une certaine Astrid Ntumba, âgée de 15 ans et orpheline de son état, a indiqué avoir accepté de cohabiter avec son violeur de 70 ans à la suite des difficultés auxquelles elle était confrontée.
« Ayant perdu mes parents lors de l’insurrection de Kanuina Nsampu, j’ai fait face à d’énormes difficultés pour vivre. Le Monsieur m’a proposé la nourriture en échange contre des relations intimes avec lui. J’ai accepté et fini par attraper une grossesse », a expliqué Astrid Ntumba.
De son côté, un autre homme de troisième âge, Stanislas Mutombo, 70 ans révolus, declare être à sa troisième épouse mineure, les deux premières étant déjà décédées. Pour conclure cette union, il aurait versé 100.000 FC à la famille de la jeune fille, outre une chèvre et une poule. Dans cette partie du Kasaï Central frappée par la famine accentuée consécutivement aux évènements de triste mémoire Kamuina Nsampu ayant endeuillé plusieurs familles, une campagne de sensibilisation contre divers abus, exploitation et violences sexuelles basées sur le genre s’impose. Car, malgré l’acte d’engagement signé par les autorités traditionnelles à supprime les coutumes rétrogrades qui avilissent les femmes et les jeunes filles, ce phénomène persiste.

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