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Kapeyou Véronique : « Une femme qui donne tout pour être indépendante est une fierté »

Elle s’appelle Kapeyou Véronique Epse Esmel. Mariée et mère de trois enfants, elle est assistante sociale de profession. Elle exerce dans une collectivité territoriale (mairie de Yopougon) dans le district d’Abidjan Côte d’Ivoire depuis maintenant vingt ans. C’est depuis 2009 qu’elle exerce le métier de Networkeur au sein de l’entreprise QNET. Dans un entretien avec Femme D’Afrique, cette femme d’exception évoque la clé de sa réussite sociale.

Femme D’Afrique : Parlez-nous un peu de votre expérience professionnelle

Kapeyou Véronique Epse Esmel : J’ai découvert ce domaine d’activité par l’intermédiaire d’un médecin chirurgien, Dr Ouattara, un des grands leaders dans ce système. Cette année-là, j’avais fais une crise d’une hernie ombilicale. Il fallait que je subisse une intervention chirurgicale. Mais vu les difficultés que je rencontrais avec ma mère hospitalisée, je ne pouvais subir à ce moment précis une intervention chirurgicale. J’ai expliqué au médecin qu’il fallait calmer le mal et reporter l’intervention à plus tard. C’est là qu’il va me parler du Network Marketing, c’est-à-dire QNET, des opportunités que je pouvais avoir en embrassant ce métier. Il m’a présenté cette activité comme étant la solution à tous mes problèmes. C’est dans cette veine que j’ai commencé l’activité. Et cela fait maintenant 9 ans que nous travaillons ensemble.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce business alors que vous déteniez déjà un diplôme d’assistance sociale ?  

J’ai accepté de faire ce business par rapport aux difficultés que je rencontrais étant entendu que toute jeune, j’ai été orpheline de père. J’avais à mes côtés ma mère et mon grand frère. Nous avions été rejetés par la famille. Voyant toute cette souffrance, je me suis dite à moi-même que j’allais travailler et faire en sorte de sortir ma mère de la misère, lui donner une meilleure vie. C’est dans ce contexte qu’après le baccalauréat, j’ai fais deux ans en psychologie pour finalement sortir assistante sociale. Mais ce n’était toujours pas suffisant. Alors ce Network Marketing était venu pour moi, pour avoir non seulement des ressources additionnelles mais aussi pour me permettre de réaliser ce rêve là qui était celui de sortir ma mère de la pauvreté. Ce rêve me tenant à cœur, j’ai pris à bras le corps ce business. Je me suis mise au travail, vraiment un travail acharné. Et au bout de 3 ans, j’ai pu construire une villa de 7 pièces à ma mère, subvenir à ses besoins. Ensuite, c’était maintenant à mon niveau de réaliser certains rêves, à savoir, m’offrir un toit, un véhicule et autres.

En quoi consiste finalement le Network Marketing ?

Le Marketing de réseau, c’est la vente en ligne directe. C’est un système qui ne demande pas de diplômes et qui est ouverte à tous. En tant que tel, le marketing de réseau est aujourd’hui présent pour aider des personnes en difficultés, les aider à atteindre le succès, à devenir des personnes importantes demain. Le marketing de réseau est quelque chose de nouveau en Afrique. En Afrique, on nous a habitué à avoir une certaine mentalité, à adopter une certaine manière de vivre, c’est-à-dire, aller à l’école, avoir des diplômes et travailler dans l’administration parce que l’entreprenariat est un peu difficile, ce n’est pas vraiment développé. Cela fait 50 ans que ce système existe aux Etats-Unis et en Amérique. Il s’est cependant répandu en Afrique et à travers le monde. Nous africains, voyant les difficultés du gouvernement à offrir de l’emploi aux populations, avons décidé de se tourner vers ce nouveau système et le développer. Chose faite, depuis 2008 en Côte d’Ivoire, ce système a changé la vie de nombreuses personnes. Des personnes qui n’avaient jamais eu auparavant un salaire, baignent aujourd’hui dans le succès.

Pensez-vous que les congolais ont, eux aussi, intérêt à intégrer le Network Marketing dans leur système social ?

Je dis avec assurance que ce système s’adapte au système social congolais. Il serait plus avantageux pour nos frères congolais de s’intéresser à ce business parce qu’il est grand temps pour nous africains de retrouver la dignité que nous perdons à travers ce flux de déplacement vers l’Europe, avec tous les risques que nous encourons. Nous avons la possibilité avec ce système de rester au pays et de changer les choses pour avoir de meilleures conditions de vie. Et je sais que le Congo est capable d’atteindre le succès dans ce système.

Quel regard vos collègues hommes portent-ils sur votre personne ?

Aujourd’hui, je suis l’une des rares femmes à percer et à se distinguer dans ce domaine. A ce sujet, je dirais que les hommes m’admirent en tant que femme. Je représente dans une certaine mesure un modèle de réussite à suivre parce que nous savons tous que depuis des décennies, la femme est considérée comme celle qui doit rester à la maison pour s’occuper des enfants, faire les tâches ménagères pour tout dire, c’est la « femme au foyer ». Alors, voir aujourd’hui une femme qui donne tout pour être indépendante à tous les niveaux, c’est tout de même une fierté. Ils voient souvent en moi une adversaire de taille dans le sens positif du terme bien sûr. Et cela leur redonne du courage afin de se surpasser. Pour atteindre ce niveau de réussite, j’avais tout simplement l’amour du travail bien fait. A cela s’ajoutent la persévérance, la détermination et le courage.

Que diriez-vous aux africaines qui vous prennent comme un exemple de réussite sociale et qui seraient tentées de se lancer dans cette activité ?  

Je dirais d’abord que pour embrasser ce métier, il faudrait qu’elles sachent ce qu’elles veulent changer dans leur vie, ce qu’elles veulent que leur entourage retienne d’elles. En ce moment-là, elles pourront s’y engager avec beaucoup d’abnégation et de détermination car ce n’est pas du tout facile. Pour arriver à le faire, il faut avoir de grands rêves, des choses qui vous tiennent à cœur et que vous voulez absolument réaliser. Ce sont ces rêves-là qui leur permettront de surmonter tout ce qui est challenge. Parce que comme on le dit « l’argent n’est pas à la surface mais en profondeur ». Il faut donc creuser, planter un grain, l’arroser régulièrement. Il peut même mourir mais l’essentiel est de ne pas abandonner. Au fur et à mesure, ces grains deviendront un arbre qui portera des fleurs qui donneront des fruits plus tard. C’est cela le Network Marketing. Si on sait ce qu’on veut, tout pourra aller pour le mieux. Il faut donc être dans la capacité de construire quelque chose de solide avec du courage et de la persévérance, éléments très important. Si cela a été possible pour moi, cela signifie que c’est aussi possible pour toutes ces femmes. Tout est question de volonté et de détermination dans le travail.

Votre vie de famille n’en pâtit-elle pas lorsqu’on considère l’intérêt que vous portez à votre carrière professionnelle ?  

J’avoue que ce n’est pas facile mais pas non plus difficile de maintenir l’équilibre entre ces deux dimensions. C’est juste un problème de planification. De plus, j’ai le soutient de ma famille, c’est-à-dire, mes enfants et mon mari. Ils savent ce que je fais, ils en savent suffisamment aussi sur cette activité. Cela me facilite les choses dans tous les cas. Ils participent souvent aux formations avec moi. Nous avons même effectué un voyage à Dubaï pour le Vcon 2017 (qui est une convention organisée par nos fondateurs). Et mon mari est aussi networkeur. Il ne se plaint pas quand j’ai des cérémonies qui finissent au petit matin ou lorsque je rentre tard à la maison car il sait qu’au final, cela paye. C’est grâce à tous ces sacrifices que je suis là aujourd’hui, que NOUS sommes là aujourd’hui.

Quels sont projets, à court et moyen termes ?

 Ayant exercé dans le domaine du social, j’ai en vue de construire un centre pour les enfants déshérités non seulement de mon pays mais aussi de toute l’Afrique pour leur prise en charge scolaire et socioprofessionnelle, redonner aussi de la dignité aux veuves abandonnées. Ensuite, voyager à travers l’Afrique pour un partage d’expérience sur le Network Marketing.

Votre mot de la fin….     

J’aimerais dire à toutes ces personnes qui ont démarré cette activité de s’armer de courage afin d’affronter tous les challenges auxquels elles devront faire face au cours de cette aventure car il n’y a pas de héros sans adversité et de victoire sans combat. A toutes ces femmes qui sont restées longtemps dans l’ombre, cette activité peut nous permette de partir du point 0 à un succès sans pareil.

L'auteur

Christelle Mpongo, Éditrice Général, fondatrice du magazine Femme d'Afrique.

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