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Fataki Madeleine : « L’intelligence n’a pas besoin d’avoir deux pieds ni deux mains, tout se passe au cerveau »

Commerçante et mère de famille, Fataki Madeleine est une femme vivant avec handicap moteur, c’est-à-dire de deux jambes. Une infirmité qui ne l’a pas empêché de croire jusqu’au bout à ses rêves d’enfance.

Quatrième d’une famille de six enfants, elle jouit d’une très grande responsabilité puisque c’est elle qui prend en charge le quotidien de ses proches parmi lesquels ceux sous sa tutelle. Mère de famille, elle est aussi une femme de fer à plusieurs casquettes. Issue d’une descendance des couturiers dont elle a hérité la dextérité, Fataki Madeleine est une commerçante, décoratrice et une meilleure cuisinière des bels saveurs locaux et étrangers. « Ma grand-mère fut une grande couturière réputée de son époque et ma mère est une spécialiste en couture des chemises homme quoiqu’infirme », a-t-elle confié à Femme d’Afrique Magazine. Un talent naturel puisqu’elle n’a pas foulé ses pieds dans des grandes écoles spécialisées de Kinshasa. Et de poursuivre : « Je ne pas fais une formation quelconque pour apprendre la couture, moins encore, la cuisine. C’est à travers ma famille que je les ai appris ».

Positiver la vie…

C’est dans l’amour qu’elle a su surmonter ses épreuves. « Mes proches, mes amis, ma famille, à l’école et partout où j’étais, chacune des personnes me montrait de l’amour, c’est la seule chose qui m’a donné de l’espoir et de l’assurance de vaincre toutes difficultés qui se présentaient sur mon chemin ».

Ayant un esprit positif, Fataki Madeleine prêche toujours  aux siens la confiance en soi: « Ça serait difficile si vous êtes handicap mental. Etre handicapé dépourvu des pieds ou des mains, cela ne veut pas dire que vous êtes moins utile dans la société. Certes j’étais la seule élève de mon école qui avait de difficulté physique, ce que je sache, j’étais la première de ma classe à avoir les meilleures notes. L’intelligence n’a pas besoin d’avoir deux pieds ni deux mains, tous se passe au cerveau. Être handicapé ne veut pas dire quémander. S’il n’y a pas de boulot, cherchez à en créer, à innover, à investir », suggère-t-elle. 

Mère d’un beau jeune homme, étudiant à l’université en Relations Internationales, Fataki Madeleine est une diplômée en Biochimie et a suivi une formation en Secrétariat de Direction. Cette formation ne l’a malheureusement pas servi dans sa vie professionnelle et elle en garde des cicatrices d’un souvenir douloureux. « Lorsque nous avons terminé la formation, le pays venait de sortir d’une situation de crise politique et économique marquée par les pillages. Et c’était difficile de trouver du travail. On me disait souvent, lorsque je me présentais pour un test d’embauche, soit que l’entreprise n’a pas prévu dans son budget le transport au quotidien pour les travailleurs, ou encore, vu mon état physique, elle était désolée  de ne pas recevoir ma candidature.

Comment  sortir de l’impasse ?, s’interrogeait Fataki Madeleine. Comme qui dirait être intelligent, c’est la capacité de s’adapter dans des situations difficiles, elle était forcée de faire le commerce. « Je vendais des pagnes et puis, je me suis retrouvée dans la vente de friperie jusqu’aujourd’hui ». Ce qui m’a permis, reconnait-elle, de payer tant soit peu les frais d’études de mon enfant et de subvenir aux besoins de ma famille,…

« Ce n’est pas facile d’exercer ce commerce », avoue-t-elle. Quant à la gestion de son quotidien animé plus des heures du travail, Fataki Madeleine n’hésite pas à relater une petite anecdote. « Mon aventure a commencé dans la matinée. Je loue un taxi pour des courses aller-retour et le coût est à 10 dollars américains. Je me rends a Limete, l’une des communes de Kinshasa réputée pour la vente en gros des friperies. C’est là où j’achète généralement mes marchandises. Je vous avoue que ce n’est pas facile puisqu’arrivé là-bas, il y a une foule immense d’acheteurs qui balancent des coups de pieds pour se procurer des meilleures marchandises, celles de qualité ».

Et de poursuivre : «  Moi qui n’ai pas deux jambes bien tenu sur terre, je suis obligée de me soumettre à cette épreuve extrême à chaque fois que je viendrais acheter les friperies. Il y a de moment où je suis bousculée voire piétinée au sol. Et pour éviter cette horrible culbute, je négocie avec l’un des vendeurs de friperie afin de me garder une meilleure marchandise et m’aider à la transporter jusqu’à la voiture. Une aide moyennant une somme motivante de 5 dollars américains ».

Le commerce, l’unique alternative

Qu’à cela ne tienne. Une chose est vraie, c’est qu’elle est souvent obligée de faire face aux fluctuations des prix des marchandises. En effet, le prix d’achat varie du jour au lendemain. Un article de friperie vendu la veille à 110 dollars, peut coûter jusqu’à 120 dollars le lendemain, regrette amèrement Fataki Madeleine pas toujours disposé à gérer toutes ces dépenses imprévues tendant à réduire sa balance commerciale.

« Et pour y remédier, dès que je rentre de la maison, je cible mes super clients, c’est-à-dire ceux qui ont la possibilité d’emprunter et de payer le plus vite possible quinze tissus de rideaux ou plus. Déjà, si tous répondent présents, je peux mobiliser jusqu’à soixante-dix pourcents de mes fonds de commerce. Et le restant de la marchandise, je le vends le lendemain à un prix abordable. C’est cela mes bénéfices. Si je n’applique pas cette technique de trier, je risque de faire faillite », explique-t-elle.

Avec une expérience de plus de quinze ans dans le commerce, Fataki Madeleine partage ses autres heures à coudre des vêtements. Elle trouve indécent que le monopole du commerce de la friperie soit exercé par des étrangers. Elle est cintre l’importation des vêtements et exhorte les autorités à investir dans l’industrie textile qui peut s’avérer une source indéniable de rentrées des devises. Aux personnes généreuses impliquées dans des projets caritatifs, elle les invite à songer à investir aussi dans cette catégorie sociale longtemps marginalisée que constituent les  personnes vivant avec handicap.

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